— On doit faire le bien, dit Crédule. C’est ainsi que l’on vit juste. C’est ce qu’on m’a appris.
L’Être Mystère ne répond pas immédiatement. Ses yeux semblent écouter davantage que ses oreilles.
— On t’a appris, murmure-t-il enfin. Mais que sais-tu réellement ?
— Savoir ? tique Crédule. Je sais seulement que le mal fait souffrir, et le bien répare.
L’Être Mystère incline la tête, comme si la question était ailleurs.
— Le mal apparaît… puis disparaît. Le bien apparaît… puis disparaît. Toi, tu les nommes. Mais la vie, elle, ne nomme rien.
Un silence, comme un espace. Crédule fronce les sourcils.
— Mais ne pas nommer… ce serait ne plus distinguer ! Comment agir si on ne sait pas ce qui est bien ou mal ?
— Observe, dit doucement l’Être Mystère, observe. Vois, connais. Juste avant que la pensée ne formate “bien”, avant qu’elle ne formate “mal”, qu’y a-t-il ?
Crédule cherche. Dans ses souvenirs, ses valeurs, ses croyances.
Rien ne vient.
— Je… je ne sais pas.
L’Être Mystère effleure l’air du bout des doigts, comme pour montrer un point invisible.
— Il y a ce qui est toujours là. Nu. Sans jugement. Sans commencement, sans fin. Il y a là où tout se passe. C’est là que tout commence. C’est là que tout prend fin.
— Mais alors… pourquoi m’a-t-on enseigné le bien ?
— Pour que “toi” existe.
Crédule tressaille, sans comprendre vraiment.
— Tu crois être celui qui choisit entre bien et mal, poursuit la voix, plus douce, presque un souffle. Mais ce que tu nommes “toi” n’est qu’une forme que le silence crée pour se goûter lui-même.
Crédule reste immobile. Un peu d’inquiétude, un peu de vertige, un peu de paix.
— Alors… que dois-je faire ? chuchote-t-il.
L’Être Mystère ferme les yeux, comme si la réponse n’avait jamais dépendu d’aucune parole.
— Regarde ce qui est, juste avant de vouloir nommer, avant de vouloir penser, avant d'être quelque chose. Ne le cherche pas… sois le. Sois-le... Rien de plus. Rien de moins.
Le vent passe.
Quelque chose commence déjà à se décrocher de Crédule.
Vincent