La femme au ventre arrondi,

Transportée d'urgence à la maternité,

A espéré depuis de nombreuses nuits,

L'instant généreux de l'arrivée du nouveau-né.


Malgré les contractions peu espacées,

Et la douleur augmentant,

Elle en est heureusement affectée,

Bien qu'elle redoute une anormalité du futur naissant.


Arrivée à l'extrême douleur,

L'enfant aperçoit le bout éclairci du noir tunnel,

Rapidement, on entend ses pleurs.

Ce qui a pour effet de la rassurer, elle.


Le bébé sauvé des eaux,

Est posé délicatement sur sa mère.

Le trouvant, bien que tout fripé, beau,

Elle a une pensée pour le père.


Vincent


Dans les profondeurs cachées de la Perse antique, en l’an -4, un temple souterrain se dressait en silence, loin des regards curieux du monde extérieur. Creusé dans les entrailles de la Terre, ce sanctuaire secret était un havre de paix, où le temps semblait s’être arrêté. Des flambeaux, disposés avec soin le long des murs de pierre, brûlaient d’une flamme constante et mystérieuse. Étrangement, ils ne produisaient aucune fumée, ne laissant dans l’air que la pureté de leur lumière dorée qui dansait doucement sur les parois sculptées, éclairant des fresques anciennes de divinités, de constellations et de symboles énigmatiques. Le silence régnait en maître dans ce lieu sacré, un calme olympien qui enveloppait tout. Seuls les pas feutrés de deux hommes venaient troubler cette quiétude. Vêtus de longues tuniques aux teintes de la terre, ils avançaient avec respect et précaution sur les pierres tièdes contre toute attente. Leurs visages étaient empreints d’une solennité profonde, leurs yeux fixés sur la figure centrale qui occupait l’espace béni du temple.

Au cœur de cette chambre souterraine, un être était assis en tailleur, entouré d’un cercle de runes et de symboles divins tracés avec soin sur le sol. Ses paupières étaient closes, et son faciès, éclairé par la lueur vacillante des flambeaux, était serein, presque céleste. Il semblait en transe, connecté à un monde que seuls les initiés pouvaient entrevoir. Sa barbe soignée et ses cheveux, coiffés avec précision, ajoutaient à son aura de sagesse et de mystère.

Les deux hommes s’arrêtèrent à la lisière du cercle sacré, attendant un signe ou un mouvement. Ils se tenaient là, immobiles, respectueux de la méditation intense de leur frère. L’air était empli d’une énergie palpable, comme si les divinités de la Perse elle-même observaient la scène depuis les voûtes célestes.

Soudain, l’individu au centre de l’anneau divin inspira profondément, ses paupières s’agitèrent légèrement. Un frisson passa à travers les corps des deux disciples, témoignant de l’importance de ce moment. L’homme en transe ouvrit lentement les yeux, révélant un regard d’un bleu étincelant, comme s’il avait capturé une parcelle du ciel lui-même. Un subtil sourire éclaira son visage, apportant une touche d’humanité à son expression autrement éthérée.

— Mes frères, dit-il d’une voix douce, mais ferme, rompant le silence sacrĂ©. 

Sa parole semblait porter la sagesse des âges, chaque mot résonnant avec une autorité tranquille et bienveillante.

— Les étoiles ont parlé. Le moment tant attendu se prépare, un changement, vous le savez, qui marquera le cours de l’histoire.

Les deux hommes écoutèrent attentivement, absorbant chaque propos comme s’il s’agissait d’une précieuse eau dans un désert de connaissance. L’être au centre du cercle divin se leva lentement, ses mouvements étaient fluides et mesurés. Il se tenait debout, une figure emblématique de sagesse et de pouvoir, un guide spirituel dont le savoir dépassait les limites du monde connu.

— Aujourd’hui, nous commençons un voyage, continua-t-il. Un voyage qui nous mènera au-delà des frontières de notre terre, à la rencontre d’un nouveau roi, d’une nouvelle ère.

Dans le temple souterrain, l’air vibra d’anticipation. Les flammes des flambeaux semblaient brûler un peu plus vives, comme si elles aussi participaient à la révélation. Les trois hommes se regardèrent, leurs yeux reflétant à la fois l’excitation et la gravité de la mission qui leur était confiée. Tous savaient leur rôle. Une aventure qui les mènerait dans des contrées lointaines, à la rencontre d’un destin qui avait été écrit dans les étoiles.*Pendant ce temps-là, du côté de Bethléem, sous le voile d’une nuit étoilée, se tenait une modeste étable, dont l’humilité contrastait avec l’événement prodigieux qui s’y déroulait. Dans cet humble refuge, loin des fastes des palais et des temples, Marie, une jeune femme au regard empreint de grâce et de sérénité, était sur le point de donner naissance. Joseph, son époux dévoué, veillait sur elle, une lueur d’inquiétude mêlée d’admiration dans ses yeux bruns.

À l’extérieur, la petite ville de Bethléem était plongée dans un sommeil tranquille, ignorant la scène miraculeuse qui se jouait dans l’obscurité. Les maisons endormies, bâties de pierres chaleureuses et de bois, formaient un labyrinthe paisible sous la voûte céleste.

Et là, haut dans le ciel, un phénomène cosmique se produisit. Une étoile, d’une brillance sans précédent, apparut soudainement, perçant les ténèbres de la nuit. Sa lueur, pure et éclatante, surpassait celle de toutes les autres étoiles. Elle paraissait veiller sur la terre, envoyant un message silencieux à ceux qui savaient observer et traduire les signes.

Dans l’étable, le temps semblait suspendu. Marie, avec une force tranquille et une foi inébranlable, apporta au monde un bébé, enveloppé dans la lumière douce d’une lampe vacillante. L’Enfant Jésus, né dans la plus grande simplicité, émit son premier cri, un son qui, bien que discret, portait en lui l’écho d’un changement imminent. Dès ses premières heures et contre toute attente, ce petit bout en avance sur son très jeune âge semblait déjà pouvoir observer. Il paraissait surtout aimer scruter le regard de Marie et de son époux.Joseph, ému et rempli d’émerveillement, s’approcha pour prendre dans ses bras cet enfant promis, cet enfant destiné à changer le cours de l’histoire. La lumière de la lampe dans l’étable se reflétait dans ses yeux humides, miroir d’un bonheur mêlé d’étonnement.

— Alors te voilà, dit-il d’une voix chaleureuse. C’est toi qui me vaux tous ces tracas.

L’enfant Jésus, lui sourit, émit de petits gazouillis, tout en fixant son regard.

À l’extérieur, l’étoile brillante continuait sa veillée céleste, comme une sentinelle divine annonçant la venue du sauveur. Son éclat se répandait sur les collines et les champs alentour, touchant les quelques êtres n’ayant pas sommeillent et qui s’interrogeaient sur cette lumière surnaturelle.

Dans l’étable, le trio, enveloppé par la chaleur des animaux et leur présence silencieuse, partageait ce moment sacré. L’air était rempli d’une paix profonde, d’un calme qui imprégnait tout, signe indéniable de la sainteté de la nuit.

L’homme ressentait une responsabilitĂ© immense, mais aussi une grande fiertĂ©. Il savait que leur vie serait dĂ©sormais diffĂ©rente, marquĂ©e par l’existence de cet enfant spĂ©cial, cette descendance dont la naissance Ă©tait annoncĂ©e par l’étoile scintillante. Cette dernière Ă©tant le symbole d’un espoir nouveau, d’une promesse d’harmonie et d’amour, une lumière guidant le monde vers un avenir plein de possibilitĂ©s et de miracles. 

*

Dans les confins secrets de la Perse ancienne, le trio de mages, dépositaires du savoir initiatique antérieur à l’aube de l’humanité, s’affairait autour de leur caravane. Dans la lueur naissante de l’aube, ces hommes de connaissance terminaient, à l’aide de petites mains, les derniers préparatifs de leur périple imminent.

Autour d’eux, l’agitation était mesurée, mais empreinte d’une gravité consciente de l’expédition qui les attendait. Les chameaux, bêtes résistantes et endurantes, indispensables compagnons des voyageurs des déserts arides, étaient chargés avec soin. Ces créatures majestueuses, aux longues pattes et au regard doux, semblaient comprendre l’importance de leur mission. À leurs côtés, quelques chevaux arabes, aux robes luisantes et aux yeux vifs, piaffaient légèrement, impatients de se mettre en route.

Les mages, vêtus de tuniques aux couleurs de la terre et ornées de motifs symboliques, vérifiaient méticuleusement chaque détail. Les sacoches de cuir, remplies de provisions, d’herbes médicinales et de parchemins anciens, étaient soigneusement disposées. Des instruments d’astronomie, essentiels pour naviguer sous le vaste ciel étoilé, étaient enveloppés avec précaution et placés dans des coffres en bois robuste.

Le plus âgé des thaumaturges, Melchior, observait le firmament, cherchant à discerner les signes et les présages qui guideraient leur chemin. Ses cheveux grisonnants, témoins de sa longue quête de sagesse, encadraient un visage marqué par le temps et l’érudition. À ses côtés, Gaspard, à la barbe noire et aux yeux pénétrants, récitait des prières dans une langue ancienne, invoquant protection et clairvoyance pour leur voyage. Le plus jeune, Balthazar, d’une agilité et d’une vivacité d’esprit remarquables, s’assurait que rien ne manquait, vérifiant chaque corde, chaque nœud, chaque charge avec une attention minutieuse.

Dans le silence de l’aube, leurs voix s’élevaient en un chœur harmonieux, mêlant paroles de sagesse et chants rituels, créant une atmosphère empreinte de mystère et de solennité. Leurs gestes, précis et réfléchis, étaient ceux de maîtres de leur art, conscients de la portée de leur entreprise.

Au sein du temple souterrain, une dernière réunion se tenait avant leur départ. Assis en cercle, les trois hommes se partageaient les visions et les intuitions qui les guideraient. Chacun exprimait ses pensées, ses espoirs et ses craintes, tandis qu’ensemble, ils tissaient le plan de leur périple vers l’occident, vers l’étoile qui les appelait.

Dans ce moment de communion, ils se remémoraient les enseignements anciens, les prophéties et les légendes qui parlaient d’un roi à naître, d’un changement à venir. Ils savaient que leur quête les mènerait à travers des terres inconnues, peut-être aussi des dangers et sûrement quelques merveilles. Quoiqu’il en fût, la foi en leur mission les soutenait.

Soudainement, le léger bruit si particulier de la porte de pierres qui s’ouvrait se fit entendre. Les trois frères se turent et se tournèrent en direction de l’orifice naissant. En sortit alors un homme âgé vêtu sobrement d’une toge avec un long et épais bâton à la main. Il semblait entourer d’une aura plus lumineuse que quiconque. Son visage se montrait serein et son regard perçant. Il était suivi de quatre individus, dont deux femmes. D’une seule voix, le trio s’exprima tout en s’inclinant :

— Vénérable !

— Redressez-vous mes amis.

Le nouveau venu avait la parole chaude et bienveillante. Les mages se relevèrent sans attendre.

— Bien, reprit le maître des lieux, ne perdons pas de temps. Gaspard, tu es sûr de ton coup ?

— Vénérable, je l’ai vu dans le monde du soutien, sur quoi repose le visible, cela ne fait aucun doute.

— Parfait ! Cependant, il va valoir que vous empruntiez les Kana Eki, les canaux du temps, car nous sommes quand mĂŞme Ă  plus deux cents parasanges. 

— En effet, répondit le mage, c’est préférable.

— Voici donc le passe sacré. Prends-en soin.

Gaspard, gratifié de cet honneur, prit l’objet précieux. Il avait l’apparence d’un simple anneau d’une finition remarquable, et le glissa dans une sorte de poche à l’intérieur de sa manche.

— Allez jusqu’à An U kan, la porte des cieux, ouvrez-la et avancez, grâce au passe sacré, vous arrivez à une vingtaine de parasanges de l’élu.

— Merci Vénérable.

— Ce n’est pas tout, dit le maître tout en faisant un petit signe à sa suite, il est d’importance capitale que vous lui offriez ceci.

Gaspard, Melchior et Balthazar reçurent aussitôt un coffret que les suiveurs avaient caché sous un drap jusque là.

— Comme vous le savez, il s’agit de myrrhe, encens et or. Autant de symboles à méditer.

Alors que le jour se levait pleinement, embrassant le monde de sa lumière dorée, les mages se tenaient debout, prêts. Leur regard se portait vers l’horizon, là où l’étoile les guidait, là où l’histoire les attendait. Ce n’était que le début de leur odyssée, un voyage qui les mènerait à travers les sables du temps, vers une reconnaissance qui changerait le cours du futur.

*

À Bethléem, Joseph et Marie, sous la directive d’un message céleste transmis par un coursier angélique, patientaient avec une certaine inquiétude. Leur séjour dans l’humble étable, initialement pensé comme provisoire, s’était prolongé, les enveloppant dans une attente empreinte de mystère. L’émissaire divin n’avait guère donné de détails sur la visite qu’ils devaient recevoir, laissant le couple dans une incertitude teintée d’espoir.

Joseph, dont le cœur était empli d’une impatience grandissante, aspirait à trouver un foyer plus approprié, une demeure digne pour sa famille naissante. La perspective de séjourner plus longtemps dans ce lieu rudimentaire, malgré sa signification sacrée, pesait sur son esprit pratique et bienveillant. Il passait d’interminables heures à l’entrée de l’étable, scrutant l’horizon, espérant voir apparaître les visiteurs annoncés ou une opportunité de déménagement.

Marie, quant à elle, restait d’une sérénité remarquable, bercée par une foi inébranlable. Elle veillait sur l’Enfant Jésus, qui faisait des progrès étonnants, enveloppé dans la lumière douce qui filtrait à travers l’ouverture de leur refuge modeste. Son regard, empreint d’une délicatesse maternelle et d’une profondeur spirituelle, se posait souvent sur Joseph, partageant en silence sa préoccupation, tout en lui offrant un soutien paisible et réconfortant.

Leur quotidien s’écoulait lentement, rythmé par les besoins du nouveau-né et les tâches simples de la vie dans l’étable. Chaque matin, Joseph sortait pour chercher de l’eau et de la nourriture ou encore du bois pour le feu, tandis que Marie s’occupait de l’enfant, son chant doux remplissant l’espace restreint de mélodies apaisantes. Leurs soirées étaient passées dans une contemplation calme, sous la voûte céleste du ciel de Bethléem, où l’étoile brillante qui avait annoncé la naissance de Jésus continuait de scintiller, telle une veilleuse cosmique.

Parfois, des visiteurs locaux, ayant entendu parler du petit à l’éveil extraordinaire, venaient timidement à l’étable. Ils apportaient de modestes présents et des mots de bénédiction. Joseph et Marie les accueillaient avec gratitude, touchés par la gentillesse de ces âmes simples. Ces moments de partage procuraient une lueur de chaleur humaine dans leur attente, tissant des liens de communauté et d’affection.

Cependant, la révélation d’une visite spéciale, aussi mystérieuse qu’importante, restait au cœur de leurs pensées. Qui pouvaient bien être ces gens annoncés par le messager divin ? Quelle nouvelle porteraient-ils ? Ces questions demeuraient sans réponse, flottant dans l’air du petit abri, mêlées aux murmures du vent nocturne.

Dans l’attente de cette rencontre providentielle, Joseph et Marie continuaient de veiller sur leur précieux enfant, leur foi et leur amour étant leur plus grand refuge dans l’incertitude de leur situation. Ils ignoraient que, loin de là, à travers le désert, sous la guidance d’une étoile lumineuse, un groupe de sages se rapprochait, porteurs de présents et de reconnaissance qui marqueraient à jamais leur destinée.

*

Alors que la caravane des mages et de leurs accompagnateurs se rapprochait d’An U kan, littéralement « la porte des cieux », un péril inattendu les guettait. Dans le crépuscule naissant, leurs silhouettes se découpaient contre les teintes orangées du ciel, tandis qu’ils avançaient inlassablement à travers le désert, guidés par l’étoile scintillante.

La tranquillité de leur périple fut brusquement interrompue. Surgissant de l’ombre, une bande de bandits, informés de la richesse des cargaisons par un traître du temple, encercla la procession, armes brandies avec menace. La lumière mourante du jour révélait leurs visages rudes, marqués par la cupidité et la malveillance.

Les mages, bien que surpris, gardèrent un calme olympien face à cette menace soudaine. Leur sagesse et leur expérience dans les arts anciens les avaient préparés à de telles éventualités. Melchior, le plus âgé, leva une main apaisante vers ses compagnons, leur signalant de ne pas répondre à la provocation. Gaspard, les yeux scrutant attentivement leurs assaillants, cherchait une issue pacifique. Balthazar, quant à lui, restait silencieux, observant chaque mouvement des bandits avec une acuité perçante.

Les chameaux et les chevaux, ressentant la tension, s’agitèrent, leurs hennissements et grognements ajoutant à l’atmosphère tendue. Les voleurs, impitoyables, se rapprochaient, leurs armes luisant faiblement sous les derniers rayons du soleil. Ils étaient un mélange hétérogène de désespoir et d’audace, motivés par la promesse de trésors cachés dans les coffres et les sacs de la caravane.

— Nous ne cherchons pas l’affrontement, déclara Melchior d’une voix ferme, mais empreinte de sagesse. Nous sommes des voyageurs en quête de connaissance, non des marchands de richesses.

Les bandits, méfiants, se moquaient éperdument de tels arguments, leurs regards cupides fixés sur les chargements précieux. Leur chef, un homme à la carrure imposante, s’avança, défiant les mages des yeux.

— Vos paroles sont mièvres et nos poches sont vides, bande de bâtards, gronda-t-il. Nous jugerons nous-même de la valeur de votre cargaison. Descendez, fils de chiens !

Dans cette impasse tendue, les enchanteurs se consultèrent du regard, communiquant silencieusement. Ils savaient que leur mission était d’une importance capitale, et qu’ils devaient à tout prix éviter un conflit sanglant.

Dans le rapport soutenu qui régnait entre les thaumaturges et les brigands, un moment décisif se dessinait. Sans un mot échangé, Gaspard, Melchior et Balthazar, unis dans leur sagesse et leur pouvoir, commencèrent un rituel ancestral. D’une synchronicité parfaite, ils récitèrent deux incantations mystiques, leurs voix s’élevant dans le crépuscule comme une mélodie envoûtante. Leurs doigts, fins et agiles, reproduisaient dans l’air des signes ésotériques, tracés avec une précision et une grâce qui trahissaient leur connaissance profonde des arcanes mystérieux.

Autour d’eux, les brigands, initialement animés par la cupidité, furent soudain saisis par une force invisible. Leurs armes glissèrent de leurs mains malgré eux, tombant au sol dans un fracas étonnant. Comme si une volonté supérieure les guidait, ils se regroupèrent en un seul point, leurs mouvements étaient saccadés et involontaires. Avec une résistance inutile, ils s’étendirent sur le sable froid du désert, prisonniers d’un sortilège puissant qui les contraignait à l’immobilité.

Les mages, formant un cercle autour des bandits désarmés, observaient le résultat de leur magie avec une attention solennelle. Leur intervention n’avait été ni violente ni destructrice, mais elle avait efficacement neutralisé la menace, épargnant à la fois leurs propres vies et celles de leurs assaillants.

— Enki, ordonna Melchior, rassemble leurs fusils, attache-les ensemble et embarque-les dans la dernière carriole.

Le serviteur répondit par l’affirmative et s’exécuta aussitôt. Le chef de la petite troupe en bien mauvaise posture ne put que constater leur dépouillement. Un comble, pour qui pensait il n’y a pas deux minutes pouvoir se remplir les poches.

Dans le ciel au-dessus d’eux, le phare qui guidait leur chemin continuait de briller avec une intensité qui semblait approuver leur choix de paix et de non-violence. Les chameaux et les chevaux, apaisés par le retour du calme, reprenaient leur souffle, leurs yeux reflétant l’éclat surnaturel de l’étoile.

Melchior, le sage parmi les sages, se tourna vers les hommes par terre :

— Messieurs, ce fut un plaisir, mais nous devons poursuivre notre voyage sans délai. Notre destinée nous attend. Nous vous saluons bien bas.

Les mages se remirent en marche, laissant derrière eux les bandits, pas encore au bout de leur surprise, toujours sous l’emprise du sort, témoignage silencieux de la puissance et de la sagesse des anciens. Leur caravane, désormais libre de toute entrave, s’éloigna lentement, les silhouettes des thaumaturges se détachant contre le ciel nocturne. Cependant, ils ne firent qu’une centaine de mètres. Bien qu’invisible à l’œil nu, ils étaient arrivés à leur première destination.

Alors que les brigands observaient avec une stupeur grandissante, le cortège demeurait immobile, enveloppé dans une atmosphère de mystère. Les trois mages, unis dans leur force et leur sagesse, avaient mis pied à terre. Ils s’étaient rapprochés d’une grosse roche émergeant du sable tel un vestige d’un temps ancien. Sa forme, inhabituelle et complexe, semblait être un catalyseur pour leur sortilège.

Ensemble, Gaspard, Melchior et Balthazar se mirent à réciter une incantation ancestrale, leurs voix formant une harmonie éthérée qui s’élevait dans l’air du désert. Leurs mots, chargés de puissance et d’histoire, vibraient dans l’atmosphère, réveillant les énergies anciennes enfouies dans la terre.

À peine l’évocation fut-elle achevée qu’un phénomène extraordinaire se produisit. Un gigantesque ovale, mesurant environ vingt-cinq mètres de large sur quinze de haut, apparut dans l’espace, comme si la réalité elle-même se déformait. Au début, tout devint flou et indistinct, puis progressivement, l’air prit l’aspect d’une fumée légèrement opaque, avant de se stabiliser en une surface ressemblant à une mer calme, seulement perturbée par de douces ondulations.

Un murmure de surprise et d’émerveillement parcourut la caravane. Les compagnons des mages, bien que familiers avec certaines de leurs pratiques, n’avaient jamais été témoins d’un tel prodige. Les chameaux et les chevaux, sensibles aux énergies environnantes, se mirent à remuer nerveusement, captant l’intensité du moment.

Quant aux bandits, leur panique atteignit son paroxysme. Ils n’en croyaient pas leurs yeux ; ce qu’ils voyaient défiait toute logique et toute compréhension. Leur état de stupeur se transforma rapidement en une terreur incontrôlable. Ils essayèrent de se débattre contre les liens invisibles du sortilège, mais en vain. Le spectacle devant eux était d’un autre monde.

Les mages, quant à eux, restaient concentrés, maîtres de la situation. Cette porte qu’ils avaient ouverte n’était pas seulement un exploit de magie ancienne, mais aussi un portail vers de nouvelles dimensions, mais surtout un passage vers leur destination.

Dans le silence du désert, sous les étoiles scintillantes, la caravane se tenait à l’orée d’une aventure sans précédent, au seuil d’un voyage qui allait emmener certains de la troupe bien au-delà des frontières de leur connu. Les mages, gardiens de secrets ancestraux, étaient sur le point de franchir ce seuil, prêts à explorer les mystères que cachait ce portail extraordinaire.

Balthazar, demeurant devant l’impressionnant ovale, prit la parole avec une assurance tranquille. Son regard balaya l’ensemble du cortège, captant l’attention de chacun. 

— Nous allons traverser cette porte vers notre destinée, commença-t-il d’une voix ferme, mais rassurante. La procédure est simple, mais il est crucial que nous la suivions avec précision.

Il expliqua que Gaspard serait le premier Ă  franchir le seuil. 

— Son esprit vif et son courage ouvriront la voie et il vous accueillera de l’autre côté lorsque vous passerez à votre tour, dit-il, posant une main fraternelle sur l’épaule de Gaspard, qui acquiesça d’un signe de tête solennel. Ensuite, un par un, vous emprunterez le portail.

Balthazar insista sur l’importance de ne pas cĂ©der Ă  la peur. 

— Ce passage est une simple formalité, nous avons la protection des forces qui nous guident, continua-t-il. Il n’y aura ni douleur ni danger. Soyez sans crainte.

Melchior, le sage, approuva les paroles de Balthazar d’un hochement de tĂŞte. 

— Notre transition doit se faire dans le calme et la sĂ©rĂ©nitĂ©, ajouta-t-il, sa voix empreinte de la profonde sagesse accumulĂ©e au fil des ans. Nous fermerons la marche, Melchior et moi veillant Ă  ce que chacun traverse en sĂ©curitĂ©.  

La troupe, toujours sous le choc de l’événement surnaturel, acquiesça, trouvant du réconfort dans les propos de leurs guides. Leur regard se tourna vers Gaspard, qui s’avança vers le portail avec une détermination inébranlable. Sous l’œil attentif des mages et de leurs compagnons, il transperça le seuil de lumière, disparaissant dans l’ondulation de l’ovale mystérieux.

Un par un, les autres membres de la caravane suivirent, chacun faisant un pas dans l’inconnu avec une confiance renouvelée. Balthazar et Melchior, fidèles à leur parole, attendirent que tous aient emprunter le passage avant de s’avancer à leur tour.

Dans un silence empli de recueillement et de respect, les deux derniers enchanteurs s’apprêtèrent à franchir la porte mystique, prêts à se lancer dans un voyage qui les mènerait bien au-delà de leur réalité connue, vers un horizon lointain.

À peine les brigands eurent-ils constaté la disparition des deux mages qu’ils purent voir s’évanouir à son tour l’immense ovale qui leur faisait atrocement peur. En même temps, le sort les libéra. Sous le choc, les hommes et leur chef ne savaient plus quoi faire et ce qui était encore pire plus quoi dire.

*

Au sein du temple souterrain en Perse, le Conseil des Douze Sages demeurait en profonde méditation, formant un cercle solennel sous l’éclat vacillant des flambeaux raréfiés. Leur concentration était totale, chaque membre plongé dans un état de transe transcendait le temps et l’espace. Leurs esprits, unis par une dévotion inébranlable, constituaient un pilier invisible de soutien à l’expédition des trois mages.

Dans la pénombre sacrée, leurs silhouettes immobiles se découpaient comme des statues anciennes, témoins de la sagesse éternelle. Leurs visages, marqués par les années et l’expérience, étaient empreints d’une sérénité profonde. Leurs mains jointes, les yeux clos, ils canalisaient leurs énergies collectives, envoyant des vagues de protection et de guidance à travers les étendues désertiques vers leurs frères en voyage.

Le silence du temple était seulement rompu par le faible crépitement des flammes et le subtil mouvement de l’air. La concentration du Conseil était si intense qu’elle semblait créer une barrière tutélaire autour du sanctuaire, un havre de paix et de pouvoir.

À travers leur méditation, les Douze Sages suivaient en esprit le périple des mages, veillant sur eux à chaque étape de leur quête. Ils étaient les gardiens invisibles, les sentinelles silencieuses, assurant le succès de la mission par leur soutien spirituel infaillible. Dans cette communion mystique, ils étaient à la fois présents dans le temple et aux côtés des thaumaturges, traversant ensemble les frontières du connu vers l’inconnu.

*

Lorsque Balthazar et Melchior franchirent enfin le seuil de la Porte des Cieux, ils émergèrent dans un monde qui semblait à la fois familier et étrangement différent. À peine eurent-ils posé le pied de l’autre côté que la porte monumentale se referma derrière eux avec un silence majestueux, scellant leur passage d’un point à un autre.

Autour d’eux, l’ensemble de la caravane, à l’exception de Gaspard, affichait des expressions de ravissement et d’émerveillement. Chaque membre du groupe semblait avoir été touché par la magie du transfert, leurs yeux brillants d’un éclat nouveau, manifestant de l’étonnement et de la joie d’avoir traversé un tel phénomène. Les récits de leur expérience s’échangeaient déjà avec animation, tous apportaient un témoignage unique de ce voyage à travers An U kan.

Quant aux animaux, chameaux et chevaux, ils se tenaient paisiblement, imprégnés d’une sérénité qui dépassait la simple absence de peur. C’était comme si une tranquillité profonde leur avait été offerte durant le passage, les enveloppant dans un voile de calme et de contentement.

Gaspard, cependant, demeurait à l’écart, son regard perdu dans le lointain. Il était visiblement absorbé par ses propres pensées et réflexions. Il avait hâte d’atteindre le but et il restait encore plusieurs jours de marches, à raison d’environ quatre parasanges par journée. Son silence et son isolement contrastaient avec l’enthousiasme général.

Le groupe, désormais réuni de l’autre côté de la Porte des Cieux, se préparait à poursuivre son voyage. Devant eux s’étendait le chemin qui demeurait à parcourir. Distance bien raccourcie par la grâce du Conseil des douze Sages. Le cœur de chacun résonnait à l’écho de cette traversée, un souvenir indélébile qui marquerait à jamais leur esprit et leur âme.

*

Ce matin-là, Joseph se réveilla avec une sensation de légèreté et de sérénité inconnue jusqu’alors. La lumière douce de l’aube filtrait à travers les interstices de la modeste étable, promettant une journée nouvelle et porteuse d’espérance. Il tourna son regard vers le petit Jésus, paisiblement endormi, un sourire délicat dessiné sur ses lèvres d’enfant, symbole de paix et d’innocence.

Ă€ cĂ´tĂ© de lui, Marie, Ă©veillĂ©e elle aussi, contemplait silencieusement leur fils. Ses yeux reflĂ©taient Ă  la fois l’amour d’une mère et la profondeur d’une foi inĂ©branlable. Joseph, sentant une complicitĂ© tacite entre eux, murmura : 

— Je sais que le moment est venu pour nous, c’est pour aujourd’hui.

Marie, se tournant vers lui avec un sourire doux et affirmatif, acquiesça. — Oui, Joseph, Il me l’a dit en rêve. Aujourd’hui marque un nouveau chapitre pour nous.

Sa voix était empreinte d’une certitude tranquille, puisant sa force dans le divin.

Dans cet échange matinal, simple, mais empli de signification, Joseph et Marie partagèrent un instant de connexion profonde, unissant leurs espérances pour l’avenir. Conjointement, ils étaient prêts à accueillir les changements et les défis que leur nouvelle vie leur procurerait.

Peu de ton après ces paroles, une rumeur commença à se propager avec l’énergie du vent auroral dans tout Bethléem. Un témoin, chevauchant avec une hâte fiévreuse, avait apporté des nouvelles qui agitaient désormais l’ensemble du village : une caravane étrangère, venue de contrées lointaines, avait été aperçue à l’horizon. L’annonce s’était répandue comme une traînée de poudre, suscitant curiosité et conjectures parmi les villageois.

Dans les rues étroites de Bethléem, les gens s’échangeaient des regards interrogateurs et des murmures excités. Les commerçants sortant leurs étals, les mères berçant leurs enfants, les anciens assis au soleil, tous discutaient de cette apparition soudaine. « D’où viennent-ils ? » « Quelle est la raison de leur arrivée ? » « Portent-ils des nouvelles ou des marchandises ? » Les questions fusaient, alimentant un mélange de suspicion et de fascination.

Au cœur de cette effervescence, Joseph, conscient de la signification de cette caravane, conservait un calme olympien. Bien qu’il comprenait l’importance de leur venue, il choisissait de garder le silence, préservant en son cœur la connaissance de leur mission. Son regard, souvent tourné vers l’horizon, trahissait une confiance sereine et une compréhension profonde des événements en cours.

Marie, à ses côtés, partageait cette quiétude. Dans leur humble demeure, loin des spéculations et de l’agitation, ils patientaient, unis dans la certitude que la visite annoncée était destinée à eux et à leur fils. La présence paisible de l’Enfant Jésus, dormeur innocent et insouciant, apportait une dimension supplémentaire à leur attente.

Alors que le soleil montait dans le ciel, procurant chaleur et lumière sur le petit village, les regards se tournaient de plus en plus souvent vers les dunes au loin, d’où la caravane mystérieuse devait émerger. L’air était chargé d’une attente palpable, d’une anticipation qui liait le destin de cette humble bourgade à l’arrivée imminente de ces voyageurs venus d’ailleurs.

À la périphérie de Bethléem, le cortège s’arrêta, le souffle chaud des chameaux se mêlant à l’air frais du matin. Gaspard, Balthazar et Melchior, les trois mages aux visages marqués par un long trajet, descendirent de leurs montures avec une dignité empreinte de mystère. Seuls, ils se détachèrent du reste de la troupe et se dirigèrent vers le village, leurs pas résonnant avec une solennité mesurée sur le sol poussiéreux.

Chacun portait un objet, soigneusement recouvert d’un drap épais, dissimulant sa nature aux regards curieux des villageois qui commençaient à se réunir. Ces étoffes, ondulant doucement au rythme de leur marche, ajoutaient à l’aura de mystère qui entourait les trois hommes. Les habitants de Bethléem, rassemblés en petits groupes, observaient les étrangers s’avancer, leurs murmures formant un bourdonnement continu de spéculations et d’étonnement.

Les mages progressaient avec un but précis, leurs yeux scrutant les alentours, cherchant le lieu révélé dans leurs visions. Leurs présences imposantes et leurs démarches assurées évoquaient des personnages d’une autre époque, porteurs de secrets anciens et de dons mystérieux, venus de contrées lointaines pour accomplir une mission divine.

Guidés par une intuition subtile, le trio de mages arrivèrent rapidement à l’étable, où Joseph les attendait. Conscient de l’importance de cet instant, il avait ouvert la porte en grand, invitant les visiteurs mystérieux à pénétrer dans ce lieu devenu un sanctuaire d’espoir et de miracle.

À leur entrée, Gaspard, Balthazar et Melchior s’inclinèrent avec une profonde révérence devant Joseph, reconnaissant silencieusement son rôle dans cette histoire sacrée. Puis, se tournant vers Marie, ils répétèrent leur geste de respect, leurs regards empreints d’admiration et de vénération pour la mère de l’enfant promis.

Leurs yeux se posèrent finalement sur le bébé Jésus, désormais éveillé, qui les observait avec une tranquillité étonnante pour son âge. Dans son regard, il y avait une profondeur et une sagesse qui dépassaient les limites de son jeune âge, comme s’il comprenait déjà l’importance de ce moment.

Le silence de l’étable était empli d’une solennité et d’une paix profonde, chaque personne présente ressentant la gravité et la beauté de cette rencontre. Les mages, debout devant le berceau de Jésus, étaient conscients d’être témoins et acteurs d’un événement qui marquerait l’histoire à jamais.

Dans un mouvement synchronisé empreint de respect et de dévotion, les trois thaumaturges s’accroupirent devant la couche de l’Enfant Jésus, inclinant leurs têtes en un geste d’humilité. Leurs mains agiles retirèrent les draps épais qui recouvraient leurs présents, révélant des coffres en bois richement sculptés. Chaque détail de ces coffrets témoignait d’un amour et d’une attention minutieuse, reflétant l’importance du don qu’ils renfermaient.

Avec une solennité palpable, Gaspard, Balthazar et Melchior soulevèrent les couvercles, dévoilant leurs trésors précieux. L’or, symbole de royauté et de divinité, brillait d’un éclat chaleureux dans la lumière tamisée de l’étable. À côté, la myrrhe, résine parfumée et inestimable, évoquait la mortalité et l’éternité. Enfin, l’encens, aux arômes envoûtants, s’élevait en guise de prière et de connexion spirituelle.

La révélation de ces trois présents fit naître un sentiment d’émerveillement et de révérence parmi les observateurs. Joseph et Marie, touchés par la générosité et la signification profonde de ces offrandes, partageaient un regard empli de gratitude et de contemplation. L’Enfant Jésus, explorant silencieusement la scène, semblait baigner dans une aura de paix divine.

À cet instant magique, un tableau d’une beauté et d’une puissance inouïes se déroula sous les yeux ébahis des témoins dans l’étable. L’Enfant Jésus, dans un mouvement aussi gracieux qu’impalpable, paraissait se soulever légèrement du berceau, planant dans l’air avec une sérénité angélique. À ses côtés, les présents apportés par les mages — l’or, la myrrhe et l’encens — s’élevèrent également, comme suspendus dans un moment hors du temps.

Soudain, une boule de lumière intense et pourtant d’une douceur incroyable enveloppa le bambin et les trésors flottants. Cette lumière, d’une clarté resplendissante, mais tellement bienveillante, n’agressait pas la vue, mais rayonnait plutôt d’une chaleur rassurante et sacrée. Tous les regards étaient fixés sur ce spectacle inouï, témoins d’une manifestation de grâce et de puissance céleste.

Puis, dans un éclat de légèreté, la sphère lumineuse sembla exploser, libérant une myriade de particules scintillantes qui se dispersèrent dans toutes les directions. Cette clarté sereine s’étendit au-delà des murs de l’étable, au-delà du village de Bethléem, parcourant le monde entier dans un mouvement silencieux et majestueux.

Ce phĂ©nomène extraordinaire, tĂ©moignant de la venue du sauveur, toucha le cĹ“ur de ceux qui l’observaient et l’inconscient de tous les autres. Il les emplit d’un sentiment d’espoir, de paix et d’amour incommensurable. Dans cet instant Ă©phĂ©mère, le divin s’était rĂ©vĂ©lĂ©, marquant le dĂ©but d’une nouvelle ère pour l’humanitĂ©, une ère oĂą la lumière de l’Enfant JĂ©sus Ă©clairerait le chemin de l’espĂ©rance et du salut. Il ne restait plus Ă  l’enfant qu’à montrer Ă  l’humanitĂ© qu’en sacrifiant son ego, qu’en se laissant clouer sur la croix, la porte de la maison du Père, la porte de l’Amour impersonnel, en Ă©tait la rĂ©compense. 

Mais ça, c’est une autre histoire.

Il Ă©tait une fois une petite famille vivant dans une charmante maison Ă  l’orĂ©e d’une immense forĂŞt. Leur quotidien Ă©tait une symphonie de bonheur, chaque membre jouant sa partition avec une harmonie parfaite. Le papa, Julien, Ă©tait un homme au sourire bienveillant. IngĂ©nieur de profession, il se levait chaque matin avec l’enthousiasme de relever de nouveaux dĂ©fis au travail. PassionnĂ© par son mĂ©tier, il rentrait le soir avec l’éclat satisfait d’une journĂ©e bien remplie. La maman, Sophie, Ă©tait l’âme chaleureuse du foyer. Son temps Ă©tait consacrĂ© Ă  veiller au bien-ĂŞtre de sa famille et Ă  transformer leur maison en un vĂ©ritable cocon. Elle cultivait avec amour un jardin fleuri oĂą la petite Alice, leur fille, pouvait s’épanouir. L’enfant, du haut de ses sept ans, Ă©tait une magnifique Ă©toile qui illuminait leur univers. Curieuse et pleine de vie, elle explorait la forĂŞt avoisinante accompagnĂ©e de ses parents dès que possible. Les trois complices passaient d’innombrables heures Ă  dĂ©masquer les secrets de la nature, Ă©merveillĂ©s par la magie qui Ă©manait de chaque recoin du bois. Quelle que soit la saison, elle avait son lot de dĂ©couvertes. Leurs soirĂ©es Ă©taient baignĂ©es de douceur. Autour d’un dĂ®ner prĂ©parĂ© avec soin par Sophie, la famille partageait des moments de connivence. Julien racontait des histoires captivantes, crĂ©ant ainsi un monde imaginaire oĂą tous pouvaient s’évader. Le week-end, autant qu’ils le pouvaient, le trio s’aventurait plus profondĂ©ment dans la forĂŞt. Ils piqueniquaient alors au bord d’un ruisseau, construisaient des cabanes avec des branches, et s’amusaient tous trois comme des enfants. Les arbres majestueux semblaient les protĂ©ger de leur ombre bienveillante, composant un tableau paisible. Chaque soir, après une journĂ©e bien remplie, la tribu contemplait le coucher du soleil depuis la terrasse de leur chalet. Les derniers rayons de lumière perçaient Ă  travers les feuillus, peignant le ciel de teintes orangĂ©es. C’était le moment oĂą l’air se chargeait d’une sĂ©rĂ©nitĂ© inĂ©galĂ©e. La vie dans cette modeste habitation Ă©tait comme une mĂ©lodie enchanteresse, chaque note rĂ©sonnant dans les cĹ“urs unis de Julien, Sophie et Alice. Ils Ă©taient la quintessence d’un clan soudĂ©, empreint de simplicitĂ© et de bonheur, Ă©voluant près du doux murmure de la forĂŞt qui veillait sur eux. Mais un jour, une bien triste nouvelle plongea la petite famille dans une obscuritĂ© qu’ils n’avaient jamais imaginĂ©e. Ce n’était pas le tendre sourire de Julien qui sortit d’une voiture, mais un employĂ©, Ă  l’aspect morose, de son entreprise porteur d’une terrible annonce. Le monde de Sophie et d’Alice s’effondra en un instant, les mots prononcĂ©s rĂ©sonnant tel un glas funèbre. La femme, figĂ©e dans un choc irrĂ©el, accueillit la nouvelle funeste tant bien que mal. L’inconnu expliqua, d’une voix monocorde, les circonstances tragiques de l’accident qui avait coĂ»tĂ© la vie Ă  Julien. La rĂ©alitĂ© s’imposa brutalement, pareille Ă  une explosion soudaine, laissant la famille dĂ©vastĂ©e par le chagrin. La maison qui Ă©tait autrefois empreinte de rires et de joie devint silencieuse. Les ombres de la forĂŞt voisine semblaient tĂ©moigner de la douleur qui avait envahi ces lieux. Alice, incapable de comprendre pleinement la disparition de son père, ressentit le vide qui s’installait. Bien sĂ»r, sa maman lui avait expliquĂ© que papa ne reviendrait plus, car maintenant il Ă©tait au ciel. Mais le cerveau d’Alice avait du mal Ă  traduire ces informations, crĂ©ant de la sorte un trouble chez la jeune enfant. Les jours suivants furent empreints d’une tristesse poignante. L’enterrement avait Ă©tĂ© un vĂ©ritable supplice pour Sophie. Surtout lorsque la petite avait demandĂ© Ă  sa mère : 

-Pourquoi le monsieur avec un gros livre en main dit que papa va aller en terre alors qu’il est au ciel ? 

Une fois le tumulte des condolĂ©ances, des documents Ă  traiter, la note Ă  rĂ©gler, passĂ©, le calme Ă©tait revenu. Le vide s’installa dans le chalet, la douleur dans l’entièretĂ© de l’être de Sophie et c’est l’interrogation qui prima chez Alice. La forĂŞt, jadis source de rĂ©confort, semblait pleurer avec elles. Sophie, endeuillĂ©e et dĂ©munie, se raccrochait Ă  la force nĂ©cessaire pour apaiser les tourments d’Alice. Mais elle devait bien se l’avouer, elle y arrivait mal. La vie parfaite qui avait Ă©tĂ© tissĂ©e avec tant d’amour et de soin s’effilochait. La famille, dĂ©sormais brisĂ©e, naviguait dans les mĂ©andres d’un deuil profond. La douleur s’exprimait Ă  travers le silence de la maison, remplaçant les Ă©chos joyeux qui y rĂ©gnaient autrefois. Les couchers de soleil qui jadis peignaient des toiles d’oranges et de roses Ă©taient Ă  cette heure revĂŞtus de teintes plus sombres. Plus rien ne sera jamais comme avant. Les semaines qui suivirent furent d’une duretĂ© insoutenable. Sophie, dĂ©vastĂ©e par la perte de Julien, sombra progressivement dans une dĂ©pression profonde. La demeure, autrefois un nid de chaleur et de bonheur, Ă©tait maintenant un cocon de tristesse et de silence. La lumière dans les yeux de la femme s’était Ă©teinte, laissant place Ă  un regard voilĂ© par la douleur et le dĂ©sarroi. Alice, bien qu’encore jeune, ressentait lourdement l’absence de son père et la dĂ©tresse de sa mère. Elle errait dans la maison, perdue, essayant en vain de retrouver les fragments de leur existence passĂ©e. N’y parvenant pas, elle se laissait alors tomber en pleure en trouvant que la vie Ă©tait mĂ©chante avec elle. Le spectre de la prĂ©caritĂ© financière qui commençait Ă  les envelopper Ă©tait une raison supplĂ©mentaire de l’augmentation du mal-ĂŞtre de ce qui restait de la famille. Sans le salaire de Julien, les petites Ă©conomies du foyer fondirent comme neige au soleil. La jeune femme, autrefois si vive et dĂ©bordante d’énergie, semblait incapable de faire face Ă  cette nouvelle rĂ©alitĂ©. Les factures s’accumulaient sur le coin de la table, tĂ©moins silencieux d’un avenir incertain. La peur de perdre leur maison, ce dernier bastion de leur bonheur passĂ©, hantait ses nuits. Bien sĂ»r, elle avait tentĂ© de dĂ©nicher du travail, mais Ă  chaque fois, elle avait Ă©tĂ© Ă©conduite avec politesse. Sans doute son Ă©tat psychologique n’y Ă©tait pas Ă©tranger. Sophie, dans ses moments de luciditĂ©, se rendait compte de la gravitĂ© de leur situation, mais la douleur et le chagrin l’empĂŞchaient de trouver la force nĂ©cessaire pour agir. Elle passait ses journĂ©es Ă  errer dans la maison, parfois assise sur la terrasse, fixant le vide, comme si elle pouvait encore sentir la prĂ©sence de Julien Ă  ses cĂ´tĂ©s. Alice voyait sa mère pleurer en cachette, croyant que sa fille ne l’observait pas. Elle percevait bien que sa maman chĂ©rie s’enfonçait dans quelques noirceurs insondables pour son si jeune âge. L’enfant comprenait Ă©galement qu’elle n’arrivait pas Ă  l’aider. Alice se sentant davantage fragilisĂ©e par cette impuissance avait tendance Ă  se rĂ©fugier alors dans son monde imaginaire, oĂą son père Ă©tait toujours lĂ , et oĂą les problèmes d’argent n’existaient pas. La forĂŞt, autrefois un lieu de joie et d’aventure, s’était muĂ©e en symbole de leur isolement. Sophie n’avait plus la force d’accompagner Alice dans ses explorations et cette dernière n’en avait d’ailleurs plus l’envie. Les arbres, qui semblaient jadis les accueillir Ă  bras ouverts, se dressaient Ă  prĂ©sent comme des gĂ©ants indiffĂ©rents Ă  leur sort. La seule activitĂ© qu’elle effectuait encore lĂ  Ă©tait de chercher du bois mort pour mettre dans le vieux poĂŞle, devenu l’unique source de chaleur depuis la coupure de gaz. Chaque jour qui passait voyait s’enfoncer la petite famille dans le dĂ©sarroi le plus complet. Maintenant quasiment sans argent, le poids de ces dĂ©cisions Ă©tait si lourd Ă  porter que Sophie se consumait de l’intĂ©rieur. Ă€ tel point qu’elle n’en prenait plus aucune. Elle qui avait autrefois pris soin de son foyer avec tant d’amour et d’attention, se dĂ©couvrait dès lors tellement impuissante face Ă  l’adversitĂ©. La figure de Julien lui manquait plus que jamais. Il avait toujours Ă©tĂ© le roc sur lequel elle s’était appuyĂ©e dans les moments difficiles. Maintenant qu’il n’était plus lĂ , elle se sentait comme emportĂ©e par un courant impitoyablement destructeur, sans savoir comment retrouver la rive. DĂ©cembre Ă©tait arrivĂ©, enveloppant la petite maison Ă  l’orĂ©e de la forĂŞt d’un manteau blanc. Le froid avait progressĂ©, glacial et implacable, se faufilant Ă  travers chaque fente et chaque fissure, rappelant sans cesse Ă  Sophie et Alice leur solitude et leur vulnĂ©rabilitĂ©. La neige recouvrait le jardin autrefois fleuri, et les arbres nus se dressaient comme des sentinelles figĂ©es dans le silence hivernal. Le vingt de ce mois glacĂ©, Sophie, dĂ©jĂ  accablĂ©e par la douleur et la fatigue, fut terrassĂ©e par une pneumonie. Son corps, Ă©puisĂ© par les longues semaines de chagrin et de privation, ne pouvait plus lutter contre la maladie. AllongĂ©e dans son lit, fiĂ©vreuse et frissonnante, elle semblait le fantĂ´me de la femme qu’elle avait Ă©tĂ©. Les remèdes Ă©taient rares, leur situation financière prĂ©caire ne permettant pas l’achat de mĂ©dicaments adĂ©quats. Alice, malgrĂ© son jeune âge, ressentait avec acuitĂ© la gravitĂ© de l’état de sa mère. Chaque toux, chaque souffle difficile de Sophie lui serrait le cĹ“ur. La petite fille se retrouvait confrontĂ©e Ă  une rĂ©alitĂ© bien trop lourde pour ses Ă©paules d’enfant : prendre soin de sa maman malade, alors que le spectre de la solitude se faisait plus menaçant que jamais. Les jours avaient bien raccourci, plongeant la maison dans de longues heures d’obscuritĂ©. La lumière faiblissante de l’après-midi peinait Ă  percer les vitres embuĂ©es, jetant des ombres dansantes sur les murs de la chambre de Sophie. La maladie, telles des tĂ©nèbres glacĂ©es, se rĂ©pandait, laissant peu de place Ă  l’espoir. Le soir du rĂ©veillon de NoĂ«l, alors que les flocons de neige tombaient comme jamais, crĂ©ant un monde davantage silencieux et ouatĂ©, une rĂ©alitĂ© urgente frappa Alice : le bois pour alimenter le feu de la cheminĂ©e venait Ă  manquer. La maison, dĂ©jĂ  empreinte d’un froid mordant, ne pouvait se permettre de perdre cette unique source de chaleur, vitale pour Sophie, de plus en plus affaiblie par la maladie. AnimĂ©e par un amour profond pour sa maman et une dĂ©termination qui dĂ©passait son jeune âge, Alice prit une dĂ©cision courageuse. Elle enfila son manteau le plus chaud, coiffa un bonnet en laine sur ses boucles emmĂŞlĂ©es, et saisit un panier en osier. Dans sa main tremblante, une petite bougie luttait contre l’obscuritĂ© croissante, projetant des ombres flottantes sur les murs du chalet. Le cĹ“ur battant, la fillette ouvrit la porte et se hasarda dans la nuit noire, pĂ©nĂ©trant la grande forĂŞt oĂą seules les tĂ©nèbres prĂ©valaient. La neige crissait sous ses pas, et le vent glacial lui mordait le visage. Mais Alice ne se laissait pas dĂ©courager. Elle savait que chaque morceau de bois qu’elle ramènerait serait un bouclier contre la mort qui guettait sa mère. La forĂŞt, jadis un lieu d’émerveillement et d’aventure, Ă©tait maintenant un labyrinthe sombre et menaçant. Les arbres se dressaient comme des gĂ©ants endormis, leurs branches nues griffant le ciel hivernal. Alice avançait prudemment, guidĂ©e par la faible lueur de sa bougie, qui dansait au rythme de son souffle court. Elle avait l’impression d’être seule au monde. Chaque bout de bois mort qu’elle trouvait et dĂ©posait dans son panier Ă©tait telle une modeste victoire, un pas de plus vers la survie. Elle savait les reconnaĂ®tre, car son papa lui avait expliquĂ© comme faire. Elle entendit encore ses paroles : 

— Comme tu as de petites mains, mets ton pied sur le morceau de bois et avec tes mimines tire l’extrĂ©mitĂ© vers toi. Si la branche est sèche, elle cassera dans un bruit sec ! Si c’est le cas, ce bois est bon pour le feu. 

La peur et le froid serraient son corps frĂŞle, mais la pensĂ©e de sa mère, seule et malade dans la maison glaciale, lui donnait la force de continuer. Après ce qui lui semblait une Ă©ternitĂ©, son panier fut enfin rempli. Avec un soupir mĂŞlĂ© de soulagement et d’épuisement, Alice pivota pour entreprendre le chemin du retour, laissant derrière elle la forĂŞt sombre et silencieuse. La lumière de sa bougie, telle une minuscule Ă©toile solitaire dans l’immensitĂ© de la nuit, guidait ses pas hĂ©sitants vers le chalet. C’est alors que la gamine fĂ»t attirĂ©e sur par une belle lumière chaleureuse. GuidĂ©e par un instinct irrĂ©sistible, Alice, la gamine au courage inattendu, se dĂ©tourna alors de son chemin initial. Sur sa gauche, lĂ©gèrement en retrait dans l’obscuritĂ© de la forĂŞt, une belle lumière scintillante se dĂ©marquait dans la nuit. Elle l’avait aperçue. C’était comme un phare dans l’ocĂ©an de tĂ©nèbres qui l’entourait, une promesse de chaleur dans le froid glacial de l’hiver. HĂ©sitante d’abord, ses petits pieds la portèrent malgrĂ© tout vers cette brillance mystĂ©rieuse. La curiositĂ© ardente dans son petit cĹ“ur d’enfant surpassait la peur et l’incertitude. La neige sous ses bottes semblait moins terrible, moins oppressante, alors qu’elle s’approchait de cette lueur Ă©nigmatique. La lumière, douce et accueillante, paraissait l’appeler, la tirer de la rĂ©alitĂ© morose de sa vie actuelle. Chaque pas la rapprochait, rendant la clartĂ© plus intense, plus captivante. Elle avançait, presque en transe, laissant derrière elle le panier de bois, oubliant un instant le froid, la maladie de sa mère, la solitude de leur existence. Dans ce moment hors du temps, la petite Alice Ă©tait comme enchantĂ©e, attirĂ©e par une force qui la dĂ©passait. Elle se rapprochait, le cĹ“ur battant d’excitation et d’une pointe d’apprĂ©hension, vers cette source brillante qui luisait d’un Ă©clat surnaturel, dĂ©fiant la noirceur de la forĂŞt hivernale. Dans la quiĂ©tude de la nature, la lumière Ă©tincelante se para soudain d’une voix profonde et rassurante : 

— Tu es bien courageuse, petite, rĂ©sonna la voix, enveloppante et chaleureuse comme la lumière elle-mĂŞme. 

Alice, surprise, s’arrĂŞta net, scrutant les ombres pour tenter de discerner l’explication de ce phĂ©nomène inattendu. 

— Qui est lĂ  ? demanda-t-elle d’une parole hĂ©sitante, le cĹ“ur battant Ă  tout rompre. 

— Ne crains rien, je suis un ami, rĂ©pondit la voix, semblant Ă©maner de partout et de nulle part Ă  la fois. Je vois le courage dont tu fais preuve pour ta maman. C’est une chose très noble. 

Alice, bien qu’un peu effrayĂ©e, sentit une vague de chaleur l’envahir. La prĂ©sence dissimulĂ©e lui paraissait familière, presque rĂ©confortante. 

— J’ai peur, avoua-t-elle, mais ma maman a besoin de moi. 

— Et tu fais tout ce que tu peux. C’est admirable, encouragea la voix. La force que tu portes en toi est plus grande que tu ne le crois. 

Le dialogue, bref, mais intense, noua un lien invisible entre Alice et cette prĂ©sence mystĂ©rieuse. Dans ce coin perdu de la forĂŞt, sous l’éclat de cette lumière Ă©trange, Alice trouva une sorte de rĂ©confort, un sentiment de n’être pas tout Ă  fait seule dans son combat. 

— N’as-tu pas une idée de qui je suis ? demanda la voix bienveillante.

 â€” Non, rĂ©pondit la gamine qui cherchait en son for intĂ©rieur. 

La voix, d’une douceur enveloppante, se fit à nouveau entendre, revêtant une révélation qui fit briller les yeux d’Alice d’un reflet nouveau.

 â€” Je suis le Père NoĂ«l, et j’ai observĂ© ton courage et ta dĂ©termination. Pour cela, j’ai un cadeau spĂ©cial pour toi. 

Alice, stupĂ©faite, sentit son cĹ“ur bondir de plaisir. Le Père NoĂ«l ! La figure mythique de son enfance, le porteur de joie et de miracles, Ă©tait lĂ , dans cette forĂŞt, lui parlant ! L’incrĂ©dulitĂ© se mĂŞla rapidement Ă  un bonheur pur et enfantin. Toute trace de peur s’évapora, remplacĂ©e par une excitation pĂ©tillante. 

— Vraiment ? Pour moi ? s’émerveilla-t-elle, sa voix tremblante d’émotion. Je… je ne sais pas quoi dire ! 

— Pas besoin de mots, ma chère enfant, rĂ©pondit le Père NoĂ«l. Ton courage parle pour toi. PrĂ©pare-toi Ă  recevoir un cadeau qui, j’en suis sĂ»r, apportera beaucoup de lumière dans ta vie. 

L’enchantement de ce moment enveloppa Alice, lui faisant oublier le froid, la nuit, et mĂŞme le bois qu’elle Ă©tait venue chercher. Elle Ă©tait lĂ , en prĂ©sence d’une magie qui dĂ©passait tout ce qu’elle avait pu imaginer. Lorsque l’offrande du Père NoĂ«l se matĂ©rialisa, le cĹ“ur d’Alice manqua un battement. Devant elle se tenait son papa, Julien, dont la prĂ©sence Ă©tait Ă  la fois bouleversante et incroyable. Les larmes montèrent instantanĂ©ment aux yeux de la petite fille, mĂ©lange de joie, de surprise et d’une pointe de mĂ©lancolie. 

— Papa !, s’écria-t-elle, tremblante d’émotion. 

Julien, parĂ© d’un sourire bienveillant et rassurant, s’approcha d’Alice. Il semblait rĂ©el et pourtant enveloppĂ© d’une aura qui dĂ©passait la comprĂ©hension. 

— Ma chĂ©rie, je ne puis rester, sache-le, mais je suis ici pour te donner le plus beau des cadeaux de NoĂ«l, dit-il d’une voix douce. 

Alice, saisie par l’intensitĂ© du moment, attendait, suspendue Ă  ses paroles. Voir son papa Ă©tait dĂ©jĂ  un prĂ©sent magnifique. Mais en plus, il allait lui livrer un prĂ©sent. Cela surpassait toutes ses attentes. C’était lĂ  une chose inestimable qui demeurerait gravĂ©e dans son cĹ“ur pour toujours. Dans cette clairière enchantĂ©e, sous le regard bienveillant de son papa, Alice se sentit enveloppĂ©e d’amour et d’espoir, prĂŞte Ă  recevoir le message qui allait changer son existence. Julien, le père d’Alice, la contempla avec une tendresse infinie, ses yeux brillants d’un amour Ă©ternel. 

— Ma chère Alice, commença-t-il, sa voix empreinte de douceur, la première chose que je veux que tu saches, c’est que nous nous retrouverons, mais pas avant de longues annĂ©es. Tu as une vie entière Ă  vivre, des rĂŞves Ă  rĂ©aliser, et des joies Ă  dĂ©couvrir. Ce n’est qu’après cette dernière que nous nous rejoindrons, lĂ  oĂą je suis. 

Alice, Ă©coutant attentivement, sentait son cĹ“ur s’alourdir et s’allĂ©ger en mĂŞme temps. La promesse de retrouvailles lointaines avec son père apportait un rĂ©confort mĂŞlĂ© de tristesse, une douce assurance teintĂ©e de la mĂ©lancolie de l’attente. Elle aurait tant voulu le retrouver maintenant et pour toujours. 

— La seconde chose, continua Julien avec un sourire encourageant, c’est que dès demain, les problèmes qui affligent ta maman vont commencer Ă  se dissiper. Tout va s’arranger, ma puce. Les jours sombres vont cĂ©der la place Ă  des aurores nouvelles et lumineuses. 

Les mots de Julien Ă©taient comme un baume sur le cĹ“ur meurtri d’Alice. L’idĂ©e que les souffrances de sa mère allaient prendre fin, que la lumière allait percer les nuages de leur vie lui apportait une joie immense et une vĂ©ritable espĂ©rance. 

— Garde courage et foi, conclut-il. L’amour que nous partageons est un pont Ă  travers le temps et l’espace, et il te soutiendra toujours. 

Ă€ peine les mots rĂ©confortants de Julien eurent-ils rĂ©sonnĂ© dans l’air froid de la forĂŞt, que sa silhouette commença Ă  s’estomper, disparaissant comme un rĂŞve au petit matin. La transformation Ă©tait douce, presque magique, un fondu enchaĂ®nĂ© qui laissait place Ă  une autre figure emblĂ©matique : le Père NoĂ«l en personne. L’imposant personnage, avec son manteau rouge et sa barbe blanche, se tenait lĂ  oĂą Julien se trouvait, un sourire bienveillant sur son visage. C’était comme si la fĂ©erie de NoĂ«l avait pris forme devant les yeux Ă©merveillĂ©s d’Alice. Dans ce moment suspendu, une dernière phrase flotta vers elle, portĂ©e par le vent : 

— Je t’aime, ma chĂ©rie. C’était la voix de Julien, lointaine, mais claire, un ultime message d’amour et d’adieu. 

Submergée par l’émotion, Alice répondit les larmes perlant sur ses joues :

 â€” Je t’aime, papa. Ses paroles Ă©taient un fil tĂ©nu reliĂ© Ă  la mĂ©moire de son père, une promesse de garder son amour vivant en elle. 

Le Père NoĂ«l l’observait avec une expression de comprĂ©hension et de compassion. Dans cette clairière enchantĂ©e, entourĂ©e de la magie de NoĂ«l et du souvenir de son père, Alice se sentit enveloppĂ©e d’un amour incommensurable, un amour qui traversait les frontières du temps et de la rĂ©alitĂ©. Avec son air rassurant et sa stature imposante, il posa son regard bienveillant sur Alice. Dans l’atmosphère empreinte de magie de cette nuit de NoĂ«l, il lui adressa une promesse qui fit briller d’espoir le cĹ“ur de la petite fille. 

— Alice, ma chère enfant, je te garantis que je veillerai Ă  ce que ta maman guĂ©risse. La magie de NoĂ«l est puissante et pleine de miracles. Ta maman retrouvera sa santĂ© et son sourire. 

Entendant ces mots, un sentiment de soulagement et de gratitude submergea Alice. La promesse du Père NoĂ«l Ă©tait comme un rayon de lumière dans les tĂ©nèbres de leur vie rĂ©cente. Elle savait que la magie de NoĂ«l pouvait accomplir des merveilles, et cette assurance venait de la source mĂŞme de cette magie. 

— Merci, Père NoĂ«l, murmura-t-elle, les larmes de joie mĂŞlĂ©es Ă  celles de soulagement. 

Le Père NoĂ«l lui sourit chaleureusement, et dans son sourire, Alice vit la certitude d’un avenir meilleur. Ce soir-lĂ , elle avait non seulement reçu la bĂ©nĂ©diction de son père, mais aussi la promesse d’un miracle de NoĂ«l pour sa mère. C’était un cadeau inestimable, un signe d’espoir dans leur monde si sombre. 

— Joyeux NoĂ«l, Alice, dĂ©clara le serviteur fĂ©erique avec une voix empreinte de bontĂ© et de bonheur. 

Alors qu’il prononçait ces mots, sa silhouette commença Ă  s’estomper, tout comme la lumière Ă©clatante qui l’entourait. Rapidement, il ne resta plus que la forĂŞt nocturne, baignĂ©e dans une tranquillitĂ© solennelle. Alice se tenait lĂ , la petite bougie toujours dans sa main, Ă©clairant faiblement son chemin. Son cĹ“ur, autrefois lourd de chagrin, Ă©tait maintenant lĂ©ger, gonflĂ© d’une joie nouvelle et d’un espoir renouvelĂ©. Les promesses faites cette nuit spĂ©ciale rĂ©sonnaient en elle, apportant une paix profonde. Avec un sourire dĂ©licat sur les lèvres, elle se retourna pour rentrer, non sans se souvenir de sa mission initiale. Elle rĂ©cupĂ©ra son panier, dĂ©sormais rempli de bois, symbole tangible de sa quĂŞte courageuse pour protĂ©ger sa mère du froid. Marchant Ă  travers la neige, le cĹ“ur d’Alice Ă©tait enveloppĂ© d’une chaleur qui dĂ©fiait la froideur de l’hiver, portant en elle l’esprit et la magie de NoĂ«l. Dès son retour, Alice s’activa Ă  raviver les braises dans la cheminĂ©e. Ă€ sa grande surprise, le feu reprit vie quasi instantanĂ©ment, diffusant une flamme intense et rĂ©confortante. Étrangement, il semblait brĂ»ler plus ardemment qu’à l’accoutumĂ©e, et ce avec une quantitĂ© rĂ©duite de bois. Satisfaite, la fillette se dirigea ensuite vers le lit oĂą reposait sa mère. Les rayons de la lune filtraient Ă  travers la fenĂŞtre, Ă©clairant doucement la pièce d’une lumière apaisante. Sophie gisait sous la couette, sa respiration calme et rĂ©gulière contrastant avec les jours prĂ©cĂ©dents. Alice s’approcha discrètement, observant sa maman avec tendresse. Dans le silence de la nuit, elle pouvait sentir la paix qui enveloppait dĂ©sormais la chambre. La promesse du Père NoĂ«l semblait dĂ©jĂ  prendre effet, apportant un souffle de guĂ©rison et de rĂ©confort. Avec un sourire doux et plein d’espoir, Alice s’assit près du lit, veillant sur sa mère, le cĹ“ur empli de gratitude et d’amour. Lorsque Sophie entrouvrit les yeux, rencontrant le regard plein d’optimisme de sa fille, Alice Ă©prouva un frisson de joie parcourir son corps. La lueur dans les yeux de sa maman, bien que faible, Ă©tait un signe de vie qui contrastait avec son Ă©tat des jours prĂ©cĂ©dents. EmportĂ©e par l’excitation de son expĂ©rience magique, Alice se lança dans le rĂ©cit de son aventure incroyable. Avec des mots choisis avec soin et une animation palpable, elle dĂ©crivit sa rencontre avec la lumière mystĂ©rieuse, la voix rassurante dans la forĂŞt, le moment inoubliable oĂą elle avait vu son papa et la promesse du Père NoĂ«l. Sophie, Ă©coutant avec attention, afficha un sourire indulgent. Bien que son esprit rationnel lui dictât que ce n’était qu’une imagination enfantine, la nuit de NoĂ«l confĂ©rait Ă  l’histoire un charme spĂ©cial. Elle dĂ©cida donc de se laisser emporter par le rĂ©cit, jouant le jeu pour le bonheur de sa fille. 

— C’est une Ă©popĂ©e extraordinaire, ma chĂ©rie, murmura-t-elle, sa voix encore faible, mais empreinte de tendresse. 

En effet, Sophie commençait Ă  se sentir Ă©trangement mieux. Ses poumons, autrefois oppressĂ©s par la maladie, semblaient maintenant s’emplir plus facilement d’air. La fièvre qui avait rongĂ© son corps paraissait s’être apaisĂ©e, laissant place Ă  une sensation de fraĂ®cheur. Elle ne pouvait nier le sentiment de renouveau qui l’envahissait, aussi inexplicable fĂ»t-il. Alice, remarquant le changement subtil dans l’expression de sa mère, se sentit gonflĂ©e d’espoir. Le cadeau promis par le Père NoĂ«l semblait se matĂ©rialiser sous ses yeux. Le soulagement de voir sa maman s’éveiller Ă  nouveau Ă  la vie Ă©tait immense. 

— Maman, je savais que tu irais mieux !, s’exclama-t-elle, les yeux brillants de larmes de joie. 

Sophie, touchĂ©e par l’amour et la foi inĂ©branlable de sa fille, prit sa main dans la sienne. Ce geste simple, mais puissant scella un moment d’une profonde connexion entre elles qui avait tant manquĂ© ces derniers temps. La nuit de NoĂ«l avait apportĂ© son lot de miracles, et dans le cĹ“ur de Sophie, une lueur d’espoir s’était rallumĂ©e, nourrie par l’amour indĂ©fectible et l’esprit intrĂ©pide de son Alice retrouvĂ©e. Dans le silence de la chambre, baignĂ©e par la lumière lunaire, mère et fille partagèrent un instant de paix et d’unitĂ©, un cadeau prĂ©cieux en cette nuit magique. Elles finirent par s’endormir Ă  nouveau liĂ©e l’une Ă  l’autre. Le jour Ă©tait dĂ©jĂ  bien entamĂ© lorsque les murmures d’une conversation Ă©veillèrent Alice. Surprise, elle ouvrit les yeux, dĂ©couvrant l’absence de sa maman Ă  ses cĂ´tĂ©s. IntriguĂ©e, elle se leva promptement, ses pieds nus frĂ´lant le plancher frais, et se dirigea vers la source des voix. En franchissant le seuil de la pièce voisine, l’enfant fut accueillie par une scène inattendue. Sa mère, debout et radieuse, conversait avec un monsieur au look soignĂ© et Ă©lĂ©gant. Ce dernier, tout en souriant, prenait congĂ© de Sophie qui rayonnait d’une Ă©nergie retrouvĂ©e. 

— Au revoir, et merci encore ! entendit-elle dire Sophie avec une chaleur et une gratitude palpables. 

Curieuse, Alice se prĂ©cipita vers la fenĂŞtre pour observer le dĂ©part de l’invitĂ©. Dehors, une grosse voiture luxueuse et brillante attendait. Un chauffeur en uniforme impeccable tenait la porte ouverte, accueillant l’homme avec dĂ©fĂ©rence. Alice le regarda monter dans le vĂ©hicule, se demandant qui il pouvait bien ĂŞtre. L’automobile, d’une Ă©lĂ©gance rare, s’éloigna lentement, ses roues glissant silencieusement sur le chemin recouvert de neige. Alice resta un instant Ă  contempler la scène, la tĂŞte remplie de questions. Se tournant vers sa mère, Alice la vit encore souriante, une lueur de joie et de soulagement dans les yeux. 

— Maman, tu vas mieux ? demanda-t-elle, sa curiositĂ© enjouĂ©e. 

— Oui, ma chĂ©rie je me sens comme neuve. 

— Je le savais ! Le Père NoĂ«l me l’avait bien dit. 

— Je vais finir par croire que toute cette histoire est bien rĂ©elle. 

— Bien qu’elle l’est, rĂ©pondit Alice qui poursuivit sans tarder, car elle avait envie de savoir, qui Ă©tait ce monsieur ? 

Sophie s’approcha de sa fille, l’enveloppant dans une Ă©treinte chaleureuse. 

— C’était un notaire, ma chĂ©rie, expliqua-t-elle. Il a apportĂ© de bonnes nouvelles, des nouvelles qui vont changer notre vie. 

Alice, encore dans les bras de sa mère, sentit son cĹ“ur bondir d’excitation. Le mystère de l’homme Ă©lĂ©gant, la transformation soudaine de sa maman, tout semblait connectĂ© Ă  la magie de la nuit prĂ©cĂ©dente. -Qu’est-ce que c’est un notaire ? insista Alice, les yeux grands ouverts. Sophie caressa tendrement les cheveux de sa fille. 

— C’est un ĂŞtre qui apporte parfois de bonnes nouvelles. Nous avons hĂ©ritĂ© d’un oncle mort de vieillesse et nous sommes ses seules hĂ©ritières. Notre avenir s’annonce maintenant radieux. 

— Ça veut dire quoi héritière ?

 â€” Mon pauvre petit chaton, il me semble que j’ai encore plein de choses Ă  t’apprendre. Disons pour faire court, car c’est un jour spĂ©cial, que nous n’aurons plus de problème pour remplir le frigo et avoir du gaz pour le chauffage. 

— Ça veut dire qu’on aura plus de soucis de sous ? 

— Tout Ă  fait mon chaton. Et au fait : joyeux NoĂ«l mon petit cĹ“ur. 

— Je savais que Papa NoĂ«l Ă©tait le meilleur, je le savais. Joyeux NoĂ«l Ă  lui et joyeux NoĂ«l Ă  toi ma maman chĂ©rie. 

Dans le doux Ă©clat du matin, mère et fille, enveloppĂ©es dans une lumière apaisante, partageaient un moment de pure joie et d’émerveillement. Le miracle de NoĂ«l avait ouvert les portes Ă  un avenir plein de promesses, bien au-delĂ  de leurs rĂŞves les plus audacieux. Sophie, rayonnante de santĂ© retrouvĂ©e, tenait Alice contre elle, sa prĂ©sence Ă©tait un rappel tangible du bonheur renouvelĂ©. 

— Regarde, ma chĂ©rie, comment la vie nous sourit Ă  nouveau, murmura-t-elle, les yeux brillants d’espoir. 

Alice, le cĹ“ur lĂ©ger, se blottit contre sa mère, sentant en elle la force et l’amour inĂ©branlable qui les avait portĂ©es Ă  travers les Ă©preuves. Elles contemplaient ensemble l’extĂ©rieur enneigĂ©, oĂą chaque flocon scintillant semblait cĂ©lĂ©brer leur nouveau dĂ©part. Sans se concerter, elles demandèrent de concert : 

— Et si on faisait un sapin de NoĂ«l ? 

Amusées d’avoir toutes deux posé la question en même temps, elles éclatèrent d’un rire tonitruant que la maison n’avait plus entendu depuis bien longtemps. Cela faisait du bien.

Le soleil se lève, fidèle Ă  lui-mĂŞme, ignorant la noirceur des âmes qu'il Ă©claire. Ses rayons glissent sur un monde qui s'effondre, oĂą la beautĂ© se fane sous les griffes d'une humanitĂ© en guerre contre elle-mĂŞme. Il dĂ©voile la misère derrière les murs, la violence masquĂ©e par des sourires figĂ©s. Chaque matin, il se dresse comme un hĂ©ros silencieux, prĂŞt Ă  illuminer les cĹ“urs qui l'ont oubliĂ©. Il embrasse les ombres, les montagnes, les plaines, mĂŞme celles tachĂ©es par le sang. Pourtant, son Ă©clat n'efface pas la cruautĂ© du jour. Les Hommes courent, s'entretuent, consomment tout, jusqu'Ă  la lumière elle-mĂŞme. Et lui, immuable, continue sa danse. Peut-ĂŞtre espère-t-il, en vain, qu'un jour ses flammes rĂ©veilleront autre chose qu'une indiffĂ©rence glaciale. Peut-ĂŞtre brille-t-il pour rappeler que, mĂŞme dans ce chaos, une lueur persiste. 

Mais qui la voit encore ?

24Nov

Un jour, dĂ©but de nuitĂ©e, je t’ai rencontrĂ© sans que tu ne le saches ! 

Je ne voulais m’arrĂŞter, il Ă©tait tard, mais sans le savoir, tu m’as retenu. 

Tu m’as rappelĂ©, en dĂ©versant ton DĂ©versoir, et la mĂ©moire m’est revenue, toute blanche, toute nue ! 

Arthur, tel un roi, tu as dĂ©boulĂ©, comme Monsieur Teboul, dĂ©boule sur scène, dans ma tĂŞte. Tes paroles ont dĂ©bloquĂ© une partie de mon esprit entortillĂ©. 

Feu ! dirais-je, et le Chat-terton, s’est mis Ă  miauler en moi. Et tu ne le sais toujours pas ! Mais qu’à cela ne tienne, une fois de l’autre cĂ´tĂ© du miroir, nous savons ! 

Merci, ainsi, de ton acte innocent, d’avoir coupé ma folle course du temps, lui-même effréné qui se sait n’exister pas.

 
Merci !